Ce Bordelais récemment installé à Morlaix, après un coup de foudre pour la baie, ne pensait vraiment pas à mal quand il a appelé son épicerie fine « Le comptoir de Bilbon ». « Un simple clin d’œil d’un fan » au personnage du Seigneur des Anneaux, assure Samuel Coatrieux, que tous ses amis surnomment « Bilbon ».

Les bons produits qu’il vend, en revanche, « n’ont rien à voir avec l’univers des livres et des films ». Le commerçant avait même déposé sa marque à l’INPI, l’Institut national de la propriété industrielle. S’il a pu le faire, c’est que le nom « Bilbon », ce hobbit héros de la saga de Tolkien, était disponible. Mais pas « Bilbo », la version anglaise. « Cela, on aurait aussi pu me le dire à l’époque », regrette-t-il.

« Réaction démesurée »

La réaction de la société de production américaine détentrice de la marque ne s’est pas fait attendre. « Leurs avocats parisiens n’ont pas tenté de négocier. Ils ont immédiatement enclenché une procédure auprès de l’INPI (*). » Le commerçant risque de ne plus avoir le droit d’utiliser la marque.

« Ils m’ont aussi menacé de poursuites pour avoir utilisé l’image de l’univers de Tolkien dans le logo, une porte ronde comme celle de la maison du personnage, et en affichant des objets à thème dans ma boutique… »

« C’était un simple clin d’œil. Je ne leur portais pas tort », regrette aujourd’hui l’épicier morlaisien.

Alors Samuel Coatrieux a préféré prendre les devants. Il y a un mois, il a changé le nom de son épicerie à la chambre de commerce. Une nouvelle enseigne, « Le comptoir de Samuel », vient ainsi de faire son apparition. Les cartes de visite ont été remplacées, tout comme le logo : exit la porte ronde, bonjour la mappemonde !

« Entre tout ça et les frais d’avocat, j’en ai eu pour au moins 5 000 €. » Pas évident pour un commerçant installé depuis décembre. Aujourd’hui, cet ancien géomètre regrette d’avoir été « considéré comme un bandit. Leur réaction était non seulement démesurée, mais aussi injuste. Quand je pense à tout l’argent que je leur ai déjà donné en achetant des produits dérivés… »

Accro à l’œuvre de J.R.R. Tolkien depuis la découverte des livres quand il était enfant, l’épicier est allé « voir chaque film au cinéma une quinzaine de fois ». Pour se faire une idée de son engouement, il suffit de regarder les deuxièmes prénoms de ses enfants : Éowyn (une cavalière) et Angmar (un royaume).

Si cette passion reste intacte, elle ne s’exprimera plus que dans la sphère privée. « Même si mes clients continueront sans doute à m’appeler Bilbon ! »

(*) Contactés, l’INPI et le cabinet d’avocats n’ont pas souhaité commenter l’affaire.